Une des choses dont on parle rarement dans le milieu de la danse cest lambiance du vestiaire homme. Celle du Studio Harmonic le samedi soir était particulièrement bonne. En règle générale quand je quittais le cours de David je retrouvais Rachid, un professeur de danse très positif qui avait le look de Prince. Il avait un côté philosophe que jappréciais beaucoup et connaissait très bien les petits magasins de Paris où lon pouvait trouver des fringues à la mode ou encore des archives vidéos sur le break. Ensuite, parfois, il y avait un professeur de modern jazz dont je nai jamais su le nom et qui était visiblement anglais. Lui avait un humour bien british. Régulièrement Mouaze, le professeur de salsa portoricaine était présent. Il nous racontait souvent comment sétait dérouler son dernier cours et parlait beaucoup, avec humour, des femmes. A ceux là bien sûr sajoutaient tous les élèves qui terminaient à la même heure et qui venaient prendre leur douche ou tout simplement se changer. Je me rappelle dun qui pratiquait la capoeira et qui nappréciait pas mon déodorant. Lui, semblait aimer faire du bizness car je lentendais souvent parler de vêtement de la marque Diesel quil avait en stock. Lambiance était très chaleureuse. Cependant un personnage ma marqué durant ces années au Studio Harmonic cest le professeur guyanais de jazz rock Alex Benth. Son entrée au vestiaire était toujours remarquée car dès quil ouvrait la porte il nous gratifiait dun tonitruent « Aaaaarg !!!! ». Cétait vraiment un sacré personnage, il faut le voir pour le croire, mystérieux et extraverti à la fois ! Ces conversations dérivaient souvent sur le sexe et les femmes. Jaimais lambiance du vestiaire car chaque personnage avait quelque chose à mapporter. Ils étaient tous très calés dans leur discipline et surtout passionnés par leur art. En plus de cela les blagues fusaient à volonté.
Le seul bémol cest que tout ceci devait se terminer avec larrivée de Françoise, la gardienne du temple si on peut dire, qui venait nous sommer de nous presser car elle allait fermer. En général elle nous le disait avec une voie stridente sortie dun film à suspense :
« Je ferme, alors dépêchez vous ???!!! »
Depuis que jétais arrivé à Paris et que javais commencé à prendre des cours de claquettes une question me trottait toujours à lesprit, comment mentraîner chez moi sans déranger les voisins. En effet je vivais dans un appartement au troisième étage et ma chambre était dotée dun parquet, laubaine ! A Marseille je vivais dans un studio possédant un pseudo parquet. Je vivais au troisième étage mais il ny avait personne au second. Du coup je pu mentraîner très souvent sans avoir de remarques des voisins. Une fois seulement ma voisine de pallier frappa à ma porte pour me faire remarquer que javais oublié mes clés sur la serrure. Ce jour là, je mentraînais. En fait, pour couvrir le son, je mettais des chaussettes autour de mes chaussures. Ca atténuait assez bien le son, mais ça glissait plus ce qui me permis dacquérir en agilité dailleurs. Bref quand jouvris la porte javais mes chaussures de claquettes enrobées de chaussettes. Je marrangeai pour dissimuler mes pieds derrière la porte. Cétait une femme dun certain âge. Elle me remit mes clés en me disant que cétait dangereux doublier ses clés sur la porte, puis elle me demanda si cétait moi qui faisais des claquettes. Je lui répondis que oui puis je lui ai demandé si ça la dérangeait, elle me dit que non. Je pu donc continuer à mentraîner à taper dans mon studio à Marseille.
A Paris cétait un peu plus compliqué. Déjà javais des voisins au dessus et en dessous. De plus mon parquet résonnait énormément. Pendant environ un mois je mentraînais une fois par semaine en utilisant le même procédé quà Marseille. Malheureusement jeu droit à des coups au plafond donnés par mon voisin du dessus. Ca ma calmé pendant quelques semaines. En fait je répétais mes pas au boulot dans les toilettes. Ensuite, comme je sentais bien que je manquais dentraînement je décidai de reprendre lentraînement chez moi mais en mettant cette fois mes bottines de danse que jutilisais pour la Salsa. Pendant plusieurs mois je neu aucune manifestation de la part de mes voisins. Un jour par contre mon voisin dà coté hurla en lâchant à travers le mur un « Cest fini oui !!! ». Je ne connaissais pas ce dernier, mais depuis ce jour je ne faisais que marquer mes pas chez moi sans les frapper ce qui nétait vraiment pas le top pour progresser car il faut sentendre pour savoir ce quon vaut.
Enfin bref je pense que cest le problème de tout danseur de claquette amateur, avoir un endroit ou sentraîner sans déranger personne. Si vous avez eu les mêmes problèmes nhésitez pas à commenter cette article !
Les cours de claquettes au Studio Harmonic battaient leurs pleins. Un samedi du mois de mars, David nous annonça que le Studio Harmonic lui avait proposé de participer lui et ses élèves au spectacle de fin dannée qui se tiendrait au Petit théâtre de Paris. Il nous précisa que nous nétions pas obligé de participer, il fit donc un petit vote à mains levées. Le résultat fut quà lunanimité nous étions près à participer à ce spectacle même sil ne nous restait que deux mois pour nous préparer car il devait avoir lieu fin juin. En effet David nous avança quon lui avait demandé de monter une chorégraphie denviron trois minutes trente. Il nous précisa par ailleurs que vu le peu de temps dont on disposait, il nous faudrait sûrement venir répéter en semaine et peut-être le dimanche.
Cette annonce me ravit car faire des claquettes pour faire des claquettes nétait pas vraiment mon truc. Il y a un moment où, lorsquon apprend quelque chose, on a envie de montrer ce dont on est capable de faire, cétait mon cas. Jétais dautant plus content que chez SwingTap il ny avait plus de spectacle de fin dannée, mais juste une exhibition dans la rue le jour de la fête du quartier.
Je commençais déjà à rêver de ce spectacle. Quallait nous préparer David ? Allions nous faire de la capela ? En tout cas il fallait que je mentraîne sérieusement pour bien exécuter certains pas très funky que je ne maîtrisais pas encore.
Cela faisait quelques mois que je pratiquais les claquettes à la fois chez SwingTap avec Mr Cuno et au Studio Harmonic avec David Tchuang. Javais laissé tombé le cours du mercredi à SwingTap car javais changé de mission et le trajet pour y aller était beaucoup trop long à mon grand désespoir. Je méclatais vraiment bien au cours de David. Dailleurs cétait le seul cours ou javais pu sympathiser non seulement avec le professeur mais aussi avec les élèves.
Un jour, alors que jarrivais dans la salle de cours comme à mon habitude tous les samedi après midi, je vis un grand noir en lieu et place de David Tchuang. Il devait approcher de la quarantaine, arborait un agréable sourire et avait un accent caractéristique des Antilles. Sur le coup je me suis dit « alow sé on Gwadloupéen u on Martinikè » (« alors cest un Guadeloupéen ou un Martiniquais »). Après quelques minutes de réflexion je me suis souvenu que la semaine précédente, David nous avait dit quil ne serait pas là et quun certain Daniel Bermude, qui était en quelque sorte son maître, le remplacerait. Daniel nous demanda quel était le niveau du cours et nous lui répondîmes « Avancé ». Oui entre temps jétais passé au cours avancé. Nous aurions mieux fait de nous taire en réalité. Le cours commença sur les chapeaux de roue avec une série de « toe, shuffle, toe, shuffle, toe, shuffle toe» sur une musique endiablée de James Brown. Daniel allait vraiment vite et javais parfois du mal à saisir tous ces pas. En effet parfois on entendait un son sans véritablement voir bouger ses pieds ? Son style était radicalement funky contrairement à celui de David qui semblait être déjà personnalisé. Ce cours me fit le même effet que mon premier cours avec David car il fallait que je madapte à la gestuel et aux mouvements de Daniel. Daniel était très méticuleux et pouvait nous faire recommencer plusieurs fois le même pas jusquà ce que cela lui plaise. Le cours pris fin avec une chorégraphie qui nous fit bien souffrir.
Plus tard jappris que Daniel était de la Martinique et avait longtemps séjourné aux Etats-Unis. Jaimais bien son feeling et puis il me faisait penser au pays ce que jappréciais beaucoup.
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